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le diplomate Mohammed Ziane Hasseni s'est soumis à des tests ADN

Le diplomate Mohammed Ziane Hasseni, mis en examen pour "complicité d'assassinat" de l'opposant Ali Mecili, a accepté mercredi de se soumettre à des tests ADN pour prouver son innocence, a indiqué jeudi à l'AFP un de ses avocats, Me Jean-Louis Pelletier.

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Les confessions choc d’un ex des services secrets algériens (IIème partie) PDF Imprimer Email

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« Bakchich » publie le second épisode des confessions d’Abdelkader Tigha qui paraissent en librairie le 12 juin sous le titre « Contre-espionnage algérien : notre guerre contre les islamistes ». Ancien membre des services secrets algériens, Abdelkader Tigha a officié huit années durant au CTRI de Blida. C’est-à-dire au coeur du « vaisseau amiral des généraux algériens » dans leur lutte anti-terroriste qui, à l’époque, était dirigé par le général Smain Lamari, aujourd’hui décédé.

Abdelkader Tigha raconte notamment dans le détail la façon dont il a été acteur, à son niveau, de la seconde partie de la guerre civile algérienne des années 90. Celle où l’État reprend le dessus, dans une violence inouïe. C’est la période terrible des escadrons de la mort, des massacres de civils, de l’enlèvement des moines de Tibhirine et de l’accélération du « retournement » des émirs des GIA. Abdelkader Tigha ne renie en rien sa participation à cette reconquête du pays, convaincu comme l’État-major algérien de l’époque qu’il s’agissait d’une « lutte à mort » pour le pouvoir.

Escadron de la mort – OJAL

Les quatre lettres fatidiques étaient sorties de la tête d’un seul homme : mon capitaine Allouache Hafidh. À la suite de la note interne du colonel du CTRI, le grand chef Smain Lamari avait envoyé la note, préconisant la campagne d’exécutions sur tout le territoire. (…) Le lendemain de la réception de la note du chef, notre colonel convoqua le chef de l’unité du GIS. Il s’appelait Chaaba et était commandant. Au cours de cette réunion, ils décideront de créer une nouvelle section mixte où le GIS et la SPJ feront équipe. Une sorte de groupe d’assaut super-secret et efficace, et dont les premières actions seront totalement anonymes. Ce serait l’OJAL.

Un soir avant de repartir à la maison, je suis tombé sur quatre gars du GIS en train de se préparer. Je les ai regardés. Les tenues étaient mélangées, des bas de treilis militaires, des vestes de combat bleues, des cagoules. L’un d’eux a rigolé devant mon froncement de sourcils.

— Ça leur fout la trouille ! Ils savent pas si on est des tangos ou pas. De toute façon, ça sert à rien d’emprisonner les gens, maintenant on simplifie la procédure : « Une balle dans la tête, et hop, dans les vergers… selon le degré d’implication, on nous a dit… » (…)

Utilisant des véhicules civils et banalisés, les hommes opéraient la nuit, s’encagoulant le visage afin d’éviter d’être reconnus par les parents des personnes arrêtées. Le mélange de tenues civiles et militaires leur permettait de passer pour des terros tout juste descendus du maquis. (…) Les ordres étaient simples : tuer le plus possible de tangos et détruire tous leurs réseaux logistiques. La guerre devait être gagnée, un point c’est tout. En quelques mois, nos cellules se videront de tous les « suspects », tandis que l’OJAL deviendra un monstre incontrôlable. La nuit, à bord de leurs Toyota blindées, par équipes, les gars du SPJ et ceux du GIS sortiront durant le couvre-feu, pour « partir en exécution », comme ils disaient. Plusieurs centaines de personnes seront ainsi supprimées durant l’année 1995 par les groupes mixtes dans les ruelles de Blida ou de Ouled Yaich.

Notre homme dans les GIA

Smain Lamari était loin d’être aveugle sur les activités des GIA. Et pour cause. Il avait un homme à l’intérieur du commandement des groupes islamiques. Comment l’avait-il retourné ? Nous ne le savions pas, mais cet homme n’était pas n’importe qui. C’était le chef de la commission d’information du GIA, l’équivalent du ministre des Affaires étrangères. Smain Lamari et lui se rencontraient secrètement à travers une « boîte aux lettres » mise en place par nos services. Je connaissais son nom : Azzout Mouloud, alias El Hadj. Je n’en saurais pas plus.

La guerre des émirs

L’AIS, c’était près de 15 000 bonhommes sur tout le pays. Bras armés du FIS, ils s’étaient fait dépasser très rapidement par un groupe concurrent qui était le GIA. Ces derniers reprochaient à l’AIS d’être trop molle, trop peu radicale, pas assez violente. L’AIS refusait les attentats contre les civils, les massacres. Au fil des mois, les deux groupes étaient devenus des ennemis mortels. Pour contrer les GIA, Smain Lamari prendra contact avec l’AIS dès 1997. Son idée était simple mais efficace. Encourager la guerre des groupes, attiser les haines entre les deux protagonistes sur le terrain et choisir l’un d’entre eux pour détruire l’autre. (…) Un jour, le commandant Allouache m’a appelé.

— Tigha, tu pars avec nous. On va à Sidi Moussa.

— Pourquoi ?

— On doit rencontrer des émirs de l’AIS. La réunion doit avoir lieu dans une caserne des fusiliers de l’air de Sidi Moussa. Les émissaires sont au nombre de trois. (…)

Le plus important était Belkacemi Ahmed alias « Yahia Guermouh ». C’était le numéro deux de l’AIS de la région centre. Il avait été envoyé par son chef direct, le numéro un de l’AIS du centre, Kertali Mustapha. (…) Sur la carte militaire, l’émir expliquait au colonel les sentiers pris par les Katiba [groupes armés] du GIA, leurs refuges, les passages obligés, et là où on pourrait les « taper ». (…) Mais la plus importante, la plus armée, la plus mortelle, restait la Katiba el Khadra, la « Phalange verte ». C’était la Katiba du commandement du GIA chargée de sa protection. Il y avait là les meilleurs moudjahidine, et les mieux armés. Le but de guerre de Smain Lamari était là. Réduire à néant la Katiba du commandement. (…)

Des rencontres comme celle-ci, il y en aura plusieurs. Mais nous avions un problème et il était de taille. Le deal passé entre Smain Lamari et l’AIS n’était pas officiel. L’armée n’était pas au courant , ni les députés, ni le Parlement à Alger. Sur le terrain l’armée continuait à combattre les moudjahidine de l’AIS, pendant que nous, on les recevait en cachette au CTRI, à l’infirmerie, pour les soigner. C’est de là que datera la mésentente entre Mohamed Lamari, patron de l’armée, et Smain Lamari. Mohamed Lamari était un « éradicateur » qui ne connaissait qu’une méthode : envoyer les soldats et tuer tous les islamistes. Smain, lui, avait compris qu’en jouant finement on pourrait gagner à moindres frais. Nous irons plus loin. Dès 1997, sur la foi des informations données par l’AIS, le CTRI [de Blida où Abdelkader Tigha est alors en poste], en accord avec l’armée, montera des embuscades conjointes avec les djihadistes de l’Armée islamique contre les GIA. « Laissez-les s’entretuer ! Nous, on compte les points. » C’était la stratégie de Smain Lamari, et elle marchait.

Les moines de Tibhirine

Les moines franciscains de Tibhirine ont toujours refusé de quitter leur monastère. Depuis des mois, cela met en fureur le grand chef. Smain Lamari ira jusqu’à contacter le wali de Médéa pour qu’il leur intime l’ordre de quitter la zone. Ce qui dérangeait le CTRI n’était pas qu’ils restent là-haut, mais qu’ils soignent les blessés des groupes terroristes, qu’ils donnent asile et qu’ils offrent l’hospitalité. Ça, le service avait du mal à le digérer. (…) L’autre raison, c’est surtout que le CTRI les soupçonnent de travailler pour la France, de donner des renseignements sur les mouvements de l’armée algérienne dans sa traque des GIA dans les montagnes. (…)

Un jour de la fin du mois de mars, le 24, j’entraperçois un émir du GIA passer dans les couloirs. C’était Azzout Mouloud, l’homme de Smain Lamari, planté au cœur du GIA, l’homme des « relations internationales » des groupes armés. (…) Le lendemain matin, Smain Lamari est arrivé en personne dans sa Lancia blindée. C’était rare qu’il se déplace jusqu’au CTRI de Blida. (…) Je n’avais pas vu sortir Azzout Mouloud. J’apprendrai plus tard qu’il avait passé la nuit au sein même du CTRI. (…)

Ça s’agite dehors. Je vois plusieurs agents du SPJ qui préparent deux fourgons Peugeot J-5, ainsi qu’un taxi banalisé de couleur jaune dont le CTRI se sert pour effectuer les filatures. Un quart d’heure plus tard, les trois véhicules sortent ensemble en prenant la route de Médéa. Vers les 3 ou 4 heures du matin, les véhicules sont revenus. (…) Une heure plus tard, j’ai revu Redha.

— Alors cette opération, vous avez ramené combien de tangos ?

J’ai bien vu que Redha était gêné.

— Rien, rien… Il ne s’est rien passé.

A force d’insister, il m’a lâché l’info.

— Tu te rappelles le dossier des chrétiens français ?

J’ai acquiescé.

— Oui, ceux de la montagne, à Médéa ?

Il a fait un signe de tête pour désigner la cour.

— Ils sont là. Arrivés direct de la montagne, cette nuit ! N’en parles pas. Rien du tout. Ils doivent repartir tout à l’heure. (…)

La discussion est revenue sur l’arrivée des moines au CTRI.

— Tu te souviens de Mouloud Azzout, l’émir, celui qui est devenu l’agent de Smain Lamari ? C’est lui qui a tout préparé.

J’ai mieux compris pourquoi je l’avais vu au sein du CTRI les jours précédents.

— Azzout doit emmener les moines au maquis avant ce soir.

— Pourquoi ?

— Les moines ne savent pas qu’ils sont au CTRI. C’est Mouloud Azzout et lui seul qui les a interrogés. Il leur fait croire qu’ils sont entre les mains d’un groupe de tangos. Les moines pensent qu’ils sont dans le refuge d’un groupe armé. (…)

— Le DRS et Smain Lamari veulent les forcer à quitter la zone, il veut leur faire peur. On les relâchera dans deux jours, libérés par les gens du CTRI. Ca décrédibilisera les GIA, et puis ça obligera la France à faire plus attention à nous…(…)

À contrecœur, bribes par bribes, il m’a raconté l’histoire : « Le soir où tu les as vus, les moines ont été transférés vers la montagne de Bougara par Mouloud Azzout. Là, ils seraient tombés sur le groupe de Bougara, qui les aurait récupérés par la force ». Deux jours plus tard, Mouloud Azzout viendra s’expliquer au CTRI sur les circonstances de l’acheminement des moines et de leur enlèvement. Il confirmera que la guerre à mort qui était en train de se dérouler entre les différents émirs du GIA pour le contrôle de l’émirat national avait fait capoter toute l’histoire. Une guerre des chefs dont les moines vont faire les frais. Il expliquera qu’après avoir interrogé les moines, ils étaient partis vers les hauteurs de Blida afin de rejoindre le fief de Djamel Zitouni au lieu-dit de Tala Acha. C’était là-haut que tout avait dérapé. Abou Mossab, un émir du GIA, avait décidé de s’emparer des moines. De son vrai nom Hocine Besiou, il était l’émir de Bougara. Lui, le CTRI ne le contrôlait pas du tout.(…)

Azzout Mouloud restera deux semaines au CTRI afin d’essayer de sauver sa tête. Un jour, il disparaîtra sans laisser de trace. Avant, il ordonnera à Djamel Zitouni et à son groupe de rejoindre Bougara pour récupérer les moines. Au sein du CTRI, la rumeur dira que Djamel Zitouni, qui était en route pour tenter de récupérer les moines, tombera dans une embuscade montée par l’AIS et sera tué… Et que l’information de cette embuscade aura été donnée par le DRS [services secrets algériens] aux moudjahidine de l’AIS. Mais ça c’était ce qu’on racontait… Quelque part, ça arrangeait tout le monde que les deux protagonistes impliquant le DRS disparaissent.

Une saison de massacres

Je lui ai tendu les premiers comptes rendus [au colonel Djebbar M’Henna, patron du CTRI de Blida et supérieur d’Abdelkader Tigha].

— Les premiers messages parlent d’un massacre de civils dans le village de Raïs. Les barbus seraient descendus et auraient tué de minuit à 4 heures du matin.

— Qu’ils aillent se faire foutre. Laissez ces chiens se faire massacrer !

On a un peu tiqué, mais on comprenait ce qu’il voulait dire. Le village de Raïs était en pleine zone GIA, acquis totalement à la cause des islamistes. On n’allait pas pleurer parce qu’ils s’étaient fait massacrer. (…)

Le CTRI savait qu’il allait y avoir un massacre. Nos véhicules qui circulaient autour des zones dangereuses avaient capté des appels de groupes armés à groupes armés. C’était des camions goniométriques comme ceux que les Allemands avaient utilisés en France pendant l’occupation pour traquer les résistants. Les retranscriptions montraient qu’il n’y avait pas qu’un groupe, mais plusieurs. Les écoutes révèleront qu’un émir avait rassemblé plusieurs groupes pour fondre sur un village dans la nuit, mais n’avait pas mentionné le nom du village ou peut-être de manière codée. (…) Le bilan officiel donnera 98 morts et 120 blessés. Les sources policières, elles, parlent de 250 morts et 100 blessés. Quant à la protection civile, elle annoncera, elle, 292 morts et 327 blessés. Nous, nous en compterons 600.

bakchich.info

 
 
 

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